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Le phosphore en aquaculture : un enjeu de conception pour le bureau d’études

phosphore en aquaculture

En aquaculture et en aquariologie professionnelle, l’azote fait l’objet d’une attention particulière : ammoniac, nitrites, nitrates, nitrification, dénitrification… Le phosphore est souvent moins considéré. Pourtant, dans les systèmes intensifs, son accumulation peut devenir un véritable enjeu de qualité d’eau et d’impact environnemental.

Du flux entrant au rejet

Le phosphore provient principalement de l’alimentation. Une partie est assimilée par les animaux, tandis qu’une autre est rejetée sous forme de fèces, de matières organiques, de particules alimentaires ou de phosphates dissous.

Le rôle du bureau d’études est donc d’établir un bilan matière du phosphore :

phosphore entrant avec l’aliment → phosphore assimilé par la biomasse → phosphore excrété → phosphore capté par les solides → phosphore dissous → phosphore traité → phosphore rejeté.

Cette approche permet de ne pas limiter l’analyse à une simple concentration en phosphate dans l’eau, mais de raisonner en flux de phosphore.

Pourquoi cette distinction est-elle importante ?

Dans un RAS, un filtre mécanique performant peut récupérer une part importante du phosphore particulaire en séparant les matières solides.

En revanche, le phosphore dissous reste dans l’eau et peut s’accumuler progressivement.

Un système peut donc présenter une eau parfaitement claire tout en conservant une concentration élevée en phosphates.

Le dimensionnement doit par conséquent distinguer :

  • le phosphore particulaire ;
  • le phosphore dissous ;
  • le phosphore total ;
  • les flux entrants et sortants.

Quelles solutions intégrer dans la conception ?

Selon les objectifs de qualité d’eau et de rejet, plusieurs technologies peuvent être combinées :

  • Séparation mécanique

Filtres à tambour, décantation, filtration ou flottation pour récupérer les matières chargées en phosphore.

  • Précipitation chimique

Utilisation de sels de fer, d’aluminium ou de calcium pour réduire le phosphore dissous, notamment en traitement tertiaire.

  • Adsorption

Utilisation de matériaux spécifiques lorsque de faibles concentrations résiduelles sont recherchées.

  • Assimilation biologique

Utilisation de microorganismes, microalgues ou végétaux pour incorporer le phosphore dans la biomasse.

  • Cristallisation et récupération

Transformation du phosphore dissous en composés minéraux récupérables, notamment sous forme de phosphates de calcium ou de struvite.

L’objectif n’est donc pas nécessairement de « faire disparaître » le phosphore, mais de le séparer, le concentrer, le traiter et, lorsque cela est possible, le valoriser.

Le dimensionnement avant le traitement

La réglementation applicable aux rejets dépend du type d’installation, de son régime administratif et du milieu récepteur. Il n’existe donc pas une valeur unique de phosphore applicable à toutes les installations aquacoles.

Le bureau d’études doit intégrer ces contraintes dès la conception afin de définir un objectif de traitement adapté au projet.

Cela suppose notamment de prendre en compte :

production → alimentation → flux de phosphore → séparation des solides → traitement du phosphore dissous → rejet ou récupération.

Cette démarche permet d’éviter le surdimensionnement des équipements tout en garantissant la maîtrise des rejets.

Le phosphore : un paramètre de conception à part entière

Dans les installations aquacoles et aquariologiques modernes, la gestion du phosphore ne doit donc pas être considérée comme une simple étape corrective.

Elle doit être intégrée dès la conception du procédé, au même titre que la gestion de l’azote, de l’oxygène, du CO₂ ou des matières en suspension.

Le rôle du bureau d’études est précisément de transformer ces flux de matière en une chaîne de traitement cohérente, dimensionnée et adaptée aux objectifs de production et de rejet.